"La question à se poser n'est pas tant pourquoi, mais plutôt qu'est-ce que ça m'apporte?"
Lorsqu'une maladie telle qu'un cancer est survenue voilà plus de deux ans, c'est d'abord cette question qui m'a le plus agité. Pourquoi?
Mais pas le pourquoi moi? qui aurait crié un sentiment d'injustice; un pourquoi qui cherche à connaître la cause, la raison, le sens. Pour-Quoi, qu'est-ce que je n'ai pas compris, que la vie veut me montrer, qu'est-ce que je n'ai pas bien fait, qu'ai-je négligé?
Alors je me suis soigné, 2-3 chimios vite fait, et j'ai remué mon ciel et ma terre et la psychothérapeute et l'ostéopathe et le microkiné et l'orthobioticienne et la transgénéalologue et j'ai compris plein de trucs et... la maladie est revenue.
Alors je me suis re-soigné, pendant que je remuais cette fois-ci l'océan intérieur, celui des non-dits familiaux, des fantasmes inassouvis, des rêves échoués, des vies choisies qui remplacent d'autres possibles... J'ai bien avancé, et ça m'a fait grand bien, mais les chimios sont restées inefficaces...
POURQUOI?
Là, j'avoue qu'un bref sentiment d'injustice a pointé son nez. "Heureusement", il y avait d'autres chimios.
Alors je me suis re-re-soigné, mais là j'ai rien remué du tout, j'ai "lâché prise" comme on dit (enfin, en tout cas sur certaines choses). J'ai arrêté de courir les parallèlologues et je me suis laissé défoncer orthogonalement par les traitements pas parallèles du tout.
Après cet épisode, pour remonter doucement la pente et reconstruire tout le monde, nous sommes partis en famille, école-à-la-maison et itinérance tranquille en France. En laissant toujours de côté les questionnements profonds. En profitant du jour présent.
Maaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiis....le Matou revient, le jour suivaaant, le Matou revient, il est toujours vivaaaaaant...
Ainsi, en 2010, m'a t-on proposé quelques chimios de plus pour préparer l'aventure d'après, le changement de sang.
Et là, point de sentiment d'injustice. Mais un vrai gros ras-le-bol, de devoir tout recommencer avec cette menace, quand même, faut pas l'oublier, dans la poitrine.
Y'a juste le pourquoi qui n'est pas revenu tout de suite. Je crois que j'ai vraiment quitté la croyance que découvrir LA cause (ou les centaines de causes...) permettrait de résoudre le problème.
Je suis content que cette maladie m'ait permis d'avoir du temps et un prétexte pour comprendre mieux ma vie, mes émotions, mes priorités, mais en ce qui me concerne, je ne crois plus que cette compréhension soit directement liée au pronostic (c'est à dire, à la guérison).
Cepandant je reste persuadé que ce travail d'introspection est nécessaire, même s'il est épuisant, compliqué, profond et long. Nécessaire pour vivre mieux, respirer plus léger, rencontrer l'Autre plus sereinement.
Et tout ça, si ça n'influe pas directement sur la guérison, ça permet de vivre , avec ou sans la maladie, si prenante soit elle, bien plus harmonieusement.
Lâcher des casseroles, voilà ce que ça m'a apporté, de me demander Pourquoi si fort.
Mais à certains moments, j'ai bien failli me noyer dans ce flot tumultuboueux à force de vouloir fouiller la vase en nageant à contre sens. La phrase de maître Zingrao, un mien tonton (tiens, y'avait longtemps) qui a vécu des choses proches, m'a permis de me remettre dans le sens du courant, ce qui est bien moins fatigant, ça permet de regarder le paysage, ça n'interdit pourtant pas de faire fonctionner son esprit, et même que parfois on voit remonter à la surface, comme ça, des trucs auxquels on aurait même pas pensé.
Et oui, Petit Crustacé, ta destinée n'est pas entre tes mains, mais ne la laisse pas t'échapper pour autant...
"Chacun a en lui les ressources, la capacité de soulager ses propres souffrances et de résoudre ses problèmes d'une manière qui ne doit pas nécessairement être comprise au niveau cognitif. Il n'est pas important que qui que ce soit, même la personne elle-même, comprenne comment les changements se produisent. Il est seulement important qu'ils se produisent."
Maître Zingrao
Lorsqu'une maladie telle qu'un cancer est survenue voilà plus de deux ans, c'est d'abord cette question qui m'a le plus agité. Pourquoi?
Mais pas le pourquoi moi? qui aurait crié un sentiment d'injustice; un pourquoi qui cherche à connaître la cause, la raison, le sens. Pour-Quoi, qu'est-ce que je n'ai pas compris, que la vie veut me montrer, qu'est-ce que je n'ai pas bien fait, qu'ai-je négligé?
Alors je me suis soigné, 2-3 chimios vite fait, et j'ai remué mon ciel et ma terre et la psychothérapeute et l'ostéopathe et le microkiné et l'orthobioticienne et la transgénéalologue et j'ai compris plein de trucs et... la maladie est revenue.
Alors je me suis re-soigné, pendant que je remuais cette fois-ci l'océan intérieur, celui des non-dits familiaux, des fantasmes inassouvis, des rêves échoués, des vies choisies qui remplacent d'autres possibles... J'ai bien avancé, et ça m'a fait grand bien, mais les chimios sont restées inefficaces...
POURQUOI?
Là, j'avoue qu'un bref sentiment d'injustice a pointé son nez. "Heureusement", il y avait d'autres chimios.
Alors je me suis re-re-soigné, mais là j'ai rien remué du tout, j'ai "lâché prise" comme on dit (enfin, en tout cas sur certaines choses). J'ai arrêté de courir les parallèlologues et je me suis laissé défoncer orthogonalement par les traitements pas parallèles du tout.
Après cet épisode, pour remonter doucement la pente et reconstruire tout le monde, nous sommes partis en famille, école-à-la-maison et itinérance tranquille en France. En laissant toujours de côté les questionnements profonds. En profitant du jour présent.
Maaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiis....le Matou revient, le jour suivaaant, le Matou revient, il est toujours vivaaaaaant...
Ainsi, en 2010, m'a t-on proposé quelques chimios de plus pour préparer l'aventure d'après, le changement de sang.
Et là, point de sentiment d'injustice. Mais un vrai gros ras-le-bol, de devoir tout recommencer avec cette menace, quand même, faut pas l'oublier, dans la poitrine.
Y'a juste le pourquoi qui n'est pas revenu tout de suite. Je crois que j'ai vraiment quitté la croyance que découvrir LA cause (ou les centaines de causes...) permettrait de résoudre le problème.
Je suis content que cette maladie m'ait permis d'avoir du temps et un prétexte pour comprendre mieux ma vie, mes émotions, mes priorités, mais en ce qui me concerne, je ne crois plus que cette compréhension soit directement liée au pronostic (c'est à dire, à la guérison).
Cepandant je reste persuadé que ce travail d'introspection est nécessaire, même s'il est épuisant, compliqué, profond et long. Nécessaire pour vivre mieux, respirer plus léger, rencontrer l'Autre plus sereinement.
Et tout ça, si ça n'influe pas directement sur la guérison, ça permet de vivre , avec ou sans la maladie, si prenante soit elle, bien plus harmonieusement.
Lâcher des casseroles, voilà ce que ça m'a apporté, de me demander Pourquoi si fort.
Mais à certains moments, j'ai bien failli me noyer dans ce flot tumultuboueux à force de vouloir fouiller la vase en nageant à contre sens. La phrase de maître Zingrao, un mien tonton (tiens, y'avait longtemps) qui a vécu des choses proches, m'a permis de me remettre dans le sens du courant, ce qui est bien moins fatigant, ça permet de regarder le paysage, ça n'interdit pourtant pas de faire fonctionner son esprit, et même que parfois on voit remonter à la surface, comme ça, des trucs auxquels on aurait même pas pensé.
Et oui, Petit Crustacé, ta destinée n'est pas entre tes mains, mais ne la laisse pas t'échapper pour autant...
"Chacun a en lui les ressources, la capacité de soulager ses propres souffrances et de résoudre ses problèmes d'une manière qui ne doit pas nécessairement être comprise au niveau cognitif. Il n'est pas important que qui que ce soit, même la personne elle-même, comprenne comment les changements se produisent. Il est seulement important qu'ils se produisent."
tiré d'un article de Wikipédia sur Erickson
ben mince alors ! Hier je t'avais commenté, je vois que ça n'a pas été enregistré ? Enfin j'étais très touchée de ce point précisément éclairé sur tes ressentis, puisque qu'on s'est tous posé la même question : "Pourquoi, pour quoi, surtout Tinou, enfin, le plus vivant, le plus "costaud" de tous ???"
RépondreSupprimerTu as lâché donc les casseroles, et moi aussi, illico.
Y'a plus qu'à, hein.
Justement, moi aussi ca m'a touchée cette petite expression si anodine "lâcher ses casseroles". J'aimerais bien prendre le temps de me retourner sur moi-même et me re-focaliser sur l'essentiel. Mais voilà, il y a l'ereintante banalité du quotidien. Si c'est pas malheureux qu'il faille passer par une épreuve comme la tienne Etienne pour saisir l'essence de la vie...
RépondreSupprimerUn pelerin du chemin de Saint-Jacques de Compostelle (encore un) a fait ce long trajet en ésperant obtenir des réponses. Chemin faisant, il s'est apperçu qu'il n'avait pas de questions. Sur le chemin du retour, c'était le plus heureux des hommes, il n'avait pas eu de réponses mais au moins maintenant, il avait les questions....
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