“ Il est minuit, Dr Schweitzer…
J’ai bien reçu votre transmission de mails « sans censure »… et vous en remercie. J’espère que ce mail vous emmêle, à vous aussi, les pinceaux, ou en démêle les poils. Il est bon, parfois que de n’entr’apercevoir les choses, les ressentir, sans les comprendre.
Allez, zou, un soupçon de catéchisme : La messe est la réactualisation du drame qui s’est joué il y a 2000 ans, à Jérusalem : la mort et la Résurrection du Seigneur, qui se donne en nourriture à son peuple. Le prêtre n’est que le vecteur de Dieu qui se fait réellement présent et réellement agissant, en prêtant sa voix et ses mains. Et c’est l’Esprit Saint qui parle et agit par notre voix et par nos mains. Peu importe notre état de vie, peu importe nos choix, nos ruptures… nous sommes prêtres pour l’éternité, nos mains sont marquées du Saint Chrême (huile sainte de consécration) de manière indélébile…
Et nous sommes de pauvres serviteurs, complètement dépassés, transcendés, transfigurés par le Mystère que l’on célèbre…
Et nous sommes de pauvres serviteurs, complètement dépassés, transcendés, transfigurés par la puissance d’amour, réellement agissante, du Mystère que l’on célèbre.
Chaque matin, quand j’élevais le Calice du Précieux Sang vers le ciel, me revenais cette belle image de Jean XXIII, disant qu’à ce moment, « le prêtre arrache du Calvaire la Croix chargée du Christ sanglant, pour l’envoyer au Ciel. Elle retombe alors se planter dans le cœur de chaque homme pour l’inonder d’amour. ». Je n’ai jamais eu cette vision aussi forte que dimanche dernier.
C’est quand même terriblement beau d’avoir à faire à un Bon Dieu, qui pourrait se passer de nous pour accomplir son œuvre d’amour, mais qui s’entête à faire appel à notre indigence, en particulier au moment où l’on ne l’attend pas. Comme un père qui s’entête à vouloir bricoler avec son fils de 4 ans… C’est l’une des belles preuves de son amour.
Célébrer cette messe, comme tu t’en doutes, m’a arraché le cœur. Tant mieux. Il en avait sans doute besoin. Je vais mettre un peu de temps à digérer cela. Tant mieux. J’ai la digestion délicate.
Je ne sais pas qui est Etienne, je ne le rencontrerai probablement jamais en ce monde. Peu importe. Une grande communion d’amour s’est instaurée, par le lien de l’Esprit Saint. Nous dépassant à tous, nous passant bien au-dessus de la tête, comme un planeur. Je ne sais ce qu’il adviendra de lui, mais si un prêtre aussi « improbable » soit-il, aura, par sa pauvre prière, permis de trouver et de ressentir l’amour de Dieu, quelques instants, qui sont peut-être les derniers pour lui, cela valait le coup d’avoir le cœur arraché.
Cela aura valu le coup d’avoir été ordonné prêtre il y a dix ans. Ne serait-ce que pour cette prière, ne serait que pour cet instant de grâce et de paix, dans le cœur de quelqu’un auprès de qui la mort rode. Et peut-être enfin lui permettre de donner un sens à ses souffrance.
Il est des rencontres fugaces, des frôlements d’âme, qui n’ont pas forcément autre chose à partager que quelques instants, quelques heures. Il faut rendre grâce à Dieu, sans demander autre chose. Le reste, s’il est donné, ne sera que du bonbon.
« Croyez-vous aux forces de l’esprit ? » - Non. Définitivement.
« Croyez-vous à la force de l’Esprit Saint » - Oui. A nouveau. Depuis dimanche. Définitivement. Un grand merci à tous les cinq. “
Fabien.
Fabien.
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